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Grandir en milieu rural, apprendre autrement

J’ai grandi et effectué toute ma scolarité — maternelle, primaire et collège — dans une petite école rurale privée : Sainte-Agnès, à Montaigu-de-Quercy, un village de 1 200 habitants situé au nord du Tarn-et-Garonne.

Une école aujourd’hui fermée.
Une école qui faisait pourtant battre le cœur du village : commerces, associations, vie locale.
Une école qui accueillait aussi des enfants venus du Lot-et-Garonne voisin.
Une école rurale, vivante, ouverte.
(http://www.montaigu-de-quercy.fr/)

Une enfance ancrée dans la terre

J’y ai vécu une enfance heureuse.

Une classe de 11 élèves en 3e.
Des activités extrascolaires.
Une cour bétonnée, un préau, un terrain de foot, des tables de ping-pong, une cour en herbe, des arbres.
Des voyages scolaires en France, en Europe et même hors d’Europe : Espagne, Italie, Angleterre.

Nous étions, pour la plupart, des enfants de paysans ou d’anciens paysans.

Oui, nous étions loin des cinémas, des boutiques, des restaurants.
Mais nous étions profondément ancrés dans la Terre.
Et ouverts sur le monde.

Je souhaite profondément qu’aujourd’hui encore, des enfants puissent bénéficier d’une éducation rurale exigeante, humaine, ouverte sur la nature et l’ailleurs.

La fermeture des écoles rurales : un choix politique

Cette fermeture n’est pas une exception.
Selon le ministère de l’Éducation nationale, plus de 7 000 écoles ont fermé en milieu rural en France depuis les années 1980, principalement des écoles de proximité.

Or, comme le montrent les travaux de la sociologue Anne Lambert ou du géographe Jean-Marc Zaninetti, l’école rurale n’est en rien un établissement « au rabais » :

à taille humaine, elle favorise souvent un meilleur suivi pédagogique, un climat scolaire plus apaisé et une forte implication des familles.

La fermeture des écoles rurales relève donc d’un choix d’aménagement du territoire — et, à ce titre, d’un choix politique.

Rêver très tôt… malgré les obstacles

Dès le collège, je savais ce que je voulais faire : des études de tourisme.

Je suis passionnée par la nature, les voyages, les cultures, les langues.
J’aime découvrir le monde et embrasser la différence.

Ce rêve n’a pas été simple à atteindre.
Mais j’y suis arrivée grâce au travail, à la résilience, et à cette capacité que j’ai toujours eue à me projeter, à visualiser.

À 15 ans, j’ai quitté le foyer familial pour partir en internat à Agen.
Un choc.
Quitter la campagne, la maison, le cocon.
Entrer dans un autre monde.

Mes parents, qui n’avaient pas fait d’études supérieures, m’ont toujours encouragée :

« Fais des études. Deviens une femme indépendante. »

Ma mère me l’a répété toute mon enfance.

J’ai alors choisi un parcours général dans le privé (lycée Saint-Caprais à Agen), convaincue que c’était la meilleure façon d’atteindre mes objectifs :

Quand l’école fragilise la confiance

Malgré l’engagement de certains professeurs, mes résultats ne suivaient pas dans toutes les matières.
Les notes, parfois très dures, et les moqueries ont peu à peu érodé ma confiance en moi.

Ce que je vivais individuellement correspond à une réalité documentée :
le sociologue Pierre Bourdieu a montré comment l’école transforme les inégalités sociales en inégalités scolaires, puis en destins sociaux légitimés.

Le tournant décisif : la voie professionnelle

Un professeur m’a tendu la main.
Grâce à lui, j’ai intégré le lycée agricole professionnel de l’Ermitage, à Agen, en bac professionnel Services en Milieu Rural (SMR) — une filière alors toute nouvelle.
J’étais dans la première promotion.
(https://campusermitage.fr/lycee-ermitage/)

Ce bac, encore largement méconnu, a été une révélation.

Il m’a appris :

  • l’accueil et la gestion
  • l’animation d’équipe
  • le service aux personnes
  • la valorisation du territoire
  • le travail collectif

Il forme à des métiers de l’animation patrimoniale et culturelle, du social, de la santé, de l’administration, du commerce, du tourisme rural, mais aussi de la production agricole et de l’industrie.

Le bachelier SMR est capable de mettre en œuvre une offre de service de proximité, visant à maintenir et améliorer la qualité de vie des habitants, tout en faisant émerger des projets collectifs répondant aux besoins locaux.

(Source : Intercarif Oref / France Compétences – RNCP 4919)

Aujourd’hui encore, j’utilise ces compétences au quotidien, dans mon activité à la pépinière Fraunié Plants et dans le projet Terrattitude.

La filière professionnelle : indispensable mais méprisée

Dans les années 2000, la filière professionnelle était perçue comme :

  • « un échec scolaire »
  • « une voie pour ceux qui n’y arrivent pas »
  • « un choix par défaut »

Ce discours produit ce que le sociologue Bernard Lahire appelle une honte scolaire : une intériorisation durable du sentiment d’illégitimité.

Pourtant, les chiffres contredisent ce mépris.
Selon France Compétences, plus de 70 % des diplômés de bacs professionnels agricoles ou de services trouvent un emploi dans les mois suivant leur diplôme, dans des secteurs essentiels aux territoires.

Ces métiers — souvent féminisés — restent pourtant peu visibles et peu valorisés.
Comme l’a montré la sociologue Danièle Kergoat, les métiers du « care », du lien et du service sont structurellement dévalorisés, quel que soit leur niveau de compétence.

Une question de classe, de genre et de territoire

Être une femme, issue du rural, passée par une filière professionnelle, c’est cumuler les angles morts de la reconnaissance sociale.

Les travaux de François Dubet et Choukri Ben Ayed montrent que l’école française est l’une des plus inégalitaires de l’OCDE en matière de reproduction sociale.
Selon l’OCDE, l’origine sociale pèse plus lourdement sur la réussite scolaire en France que dans la majorité des pays européens.

Autrement dit :
le système éducatif français ne corrige pas les inégalités — il les organise.

Non, je ne suis pas “moins que”

J’ai eu honte.
Je me suis sentie moins intelligente que d’autres.
Cette illégitimité m’a suivie longtemps.

Mais je le sais maintenant : je ne vaux pas moins.

Mon parcours atypique m’a donné des forces précieuses :

  • la persévérance
  • l’adaptabilité
  • l’empathie
  • l’ouverture à la différence
  • et surtout : oser être moi

Aujourd’hui, je suis femme, cheffe d’entreprise, directrice d’association.

Je rêve que les jeunes qui ne se reconnaissent pas dans le système scolaire gardent confiance.
Qu’ils comprennent que l’intelligence est multiple.
Que les mains, la créativité, le terrain, l’intuition comptent autant que les diplômes.

Ne méprisons plus les filières professionnelles.
Nous aussi, nous accomplissons de grandes choses.

 

 

 

 

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